dimanche 22 janvier 2012

Dan Flavin et Sophie Calle chez Perrotin

C'était la première fois que je voyais des œuvres de Dan Flavin regroupées. Il y en avait une à l'exposition Wall à Bruxelles cet été, mais l'accumulation nous plongeait ici dans l'univers de l'artiste.
Nous sommes dans le cas où la reproduction d’œuvres ne peut en rien rivaliser avec une confrontation directe avec l’œuvre (au contraire, par exemple, des photographies de Gilles Caron, ou de nombre d’œuvres modernes et contemporaines) ; c'est d'ailleurs peut-être par là que le minimalisme tient autant au modernisme qu'à l'art conceptuel.
Dan Flavin


On peut cependant regretter justement le regroupement de plusieurs œuvres dans une même salle, le parasitage visuel que cela occasionnait, au même titre que la lumière extérieure. Contrairement à ce que j'ai fait, il vaudrait mieux y aller de nuit. En effet, la seule œuvre qui fonctionne parfaitement et donne à vivre une véritable expérience de la lumière est celle située dans l'entrée, seule et plongée dans le noir. Les dimensions des tubes s'effacent et se confondent, la lumière vibre et fait sentir une profonde expérience de l'espace. Que l'on aime ou pas (voir à ce sujet l'article sur la théâtralité), cette réalisation est une véritable réussite plastique.

Dan Flavin

Un peu plus haut dans la même galerie - à la surface décidément surprenante -, on trouvait 5 tirages de Sophie Calle intitulés "True stories". Les oeuvres jouaient de l'échange texte/image, chaque photographie étant accompagnée d'un texte justifiant, illustrant ou expliquant la photographie. On connait assez bien les procédés de Sophie Calle, et ses réflexions intéressantes autour de la narration, du mensonge, de l'émotion. Cela dit, j'ai assez peu aimé ce jeu répétitif et lassant, ces sentiments définitivement banals et stéréotypés qui me rappellent Anna Gavalda ou Beigbeder ; pourtant, une pièce m'a agréablement surpris : la photographie Le divorce dont la justification textuelle donne à sourire et dont la réalisation photographique est plastiquement réussie.
Cette phrase, issue d'une autre oeuvre, pour conclure sur cet accrochage : "je couronnais d'un faux visage l'histoire la plus vraie de ma vie".


Sophie Calle - Le divorce
Dans mes fantasmes, c'est moi l'homme. Greg s' en aperçut vite. C'est peut-être pourquoi un jour il m'a proposé de le faire pisser.Cela devient un rituel entre nous: je me collais derrière lui, je déboutonnais à l'aveugle son pantalon, je prenais son pénis, je m'efforçais de le placer dans la position approprié, de bien viser. Puis je le rentrais nonchalamment et fermais la braguette. Peu après notre séparation, je proposai à Greg de faire la photo souvenir de ce rituel. Il accepta. Alors, dans un studio de Brooklyn, sous l'oeil de la caméra, je l'ai fait pisser dans un seau en plastique. Ce cliché me servit de prétexte pour poser la main sur son sexe, une dernière fois. Ce soir là j'acceptai le divorce. 


Enfin, à côté de tout cela, d'autres œuvres plastiques accrochées, des peintures et des collages pour la plupart, et sur le cartel on pouvait lire "œuvre unique". Le mentionner, c'est admettre la fin de l'évidence, le changement de régime de l'art.

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