jeudi 23 février 2012

Cy Twonbly à Pompidou

Cy Twonbly - Achilles Mourning the Death of Patroclus, 1962

samedi 18 février 2012

John Hilliard

Deux images de John Hilliard, la première en clin d'oeil à ce que Pascal Martin appelle dans ses cours "le flou-net de profondeur".

John Hilliard - Depression, Jalousie, Agression

La seconde, glanée sur le net, en clin d'oeil à la célèbre photographie de Wall (bien que je ne sache pas laquelle est la première des deux...)

John Hilliard

dimanche 12 février 2012

Patrick Faigenbaum au Musée de la Vie romantique

Patrick Faigenbaum - Paris proche et lointain

Le 10 février


On connait Patrick Faigenbaum surtout pour sa série sur les familles italiennes, pour sa place d'enseignant au sein des Beaux-arts de Paris ou encore pour ses collaborations avec Jean-François Chevrier, lui aussi professeurs à l'ENSBA.
Patrick Faigenbaum - Paris proche et lointain

On connait moins les nouveaux travaux de M. Faigenbaum, qui s'exposent ici dans un petit musée de la ville de Paris. Musée étrange, d'ailleurs, puisque les œuvres, ici les photographies, côtoient un mobilier antique dans plusieurs salles, voire plusieurs bâtiments. L'exposition est donc parfois difficile à suivre, son rythme s'égare parfois dans les méandres du lieu.
C'est peut-être le premier reproche qu'on pourrait faire à l'exposition de M. Faigenbaum, celui de vouloir trop montrer dans un ordre ou dans un lieu qui posent problème. Si c'était l'objet d'une grande rétrospective sur son œuvre, il manque beaucoup de pièces, si c'était l'instantané d'un travail, il y a trop de choses explorées en surface, et trop peu en profondeur... Les deux premières salles présentent surtout des photographies de sa mère, quelques une de Paris, mélangeant sans distinction les tirages couleurs et ceux en noir et blanc.

Patrick Faigenbaum - Paris proche et lointain

Pourtant une distinction existe bien dans le travail de Faigenbaum : les tirages couleurs sont plutôt "normaux" voire presque saturés tandis que les tirages noir et blanc ont fait ostensiblement l'objet d'un traitement spécial très intéressant. Photographiant les corps, Faigenbaum réussi à faire croire qu'ils sont des corps de pierres, à l'image de statues qui côtoient les personnes "réelles". Hormis cela, les tirages couleur de la mère ou de la ville représentent la banalité quotidienne.
Patrick Faigenbaum - Paris proche et lointain

La couleur ne prendra pour moi véritablement son sens que dans les natures mortes de la salle suivante. La rose fanée était peut-être un peu trop "romantique" pour moi, mais les natures mortes d'abattoirs ou du marché aux animaux de Rungis m'ont réellement conquis, à la manière d'un Chardin moderne. Dans le même temps, le thème de la mère se construisait quand on découvrait les planches-contact et les vieux tirages d'elle, avant qu'elle ne vieillisse. Cette figure s'entoure peu à peu de l'épaisseur d'une histoire.
Conquis par les tirages des dernières salles, j'achète le livre ; erreur. Sorties du mur, les images perdent tout leur pouvoir.

Exposition à la MEP


Le 11 février

Décidément, on trouve de tout, à la MEP.
Koos Breukel

Dans l'ordre, on trouve d'abord une série très étrange, réalisée semble-t-il par Marc Fumaroli dont on se demande ce qu'il peut bien venir faire là. Une série sur le portrait, sur les profils plus particulièrement, si je me souviens bien. Les tirages, grands tirages, reproduisent donc les photographies de quelqu'un qui n'est pas photographe. Et ça se sent ; les portraits sont flous, bruités, presque pixellisés, sans composition, sans cadrage... Encore, tout cela pourrait être acceptable de la part d'un artiste qui le revendiquerait et qui en ferait l'objet d'une véritable recherche conceptuelle et graphique ; mais, ici, rien, sinon un texte mièvre à propos du visage, de la trace, du souvenir... Ensuite vient une autre salle, habitée encore par M. Fumaroli, mais plus intelligemment : il a pu choisir dans le large fond de la MEP les photographies qui lui plaisaient à propos de portraits et de profils. On trouve des choses très prévisibles, mais d'autres moins, comme Koos Breukel. Au même niveau, et sans doute lié un peu à la thématique du portrait, une vidéoprojection accompagnée de quelques tirages : une série signée Alain Fleischer et intitulée "L'homme dans les draps", rêverie séduisante.



Götz Göppert

Vient ensuite Götz Göppert, dont lui aussi on se demande ce qu'il vient faire ici. Il répond en tout cas à une question que nous nous posions : oui, la photographie contemporaine peut avoir une simple fonction décorative. La platitude d'une série qui se nomme "Les quatre saisons" et qui a pour objet Paris la nuit dans de grands tirages panoramiques représentant notamment la tour Eiffel a peu d'égal, si ce n'est la présentation, qui vante les principes du photographe : "donner à toute chose la poésie du temps en suspendu".

William Ropp - Claire et la tresse
Puis, c'est William Ropp. Qui pose problème : ancien grand praticien du light painting, le photographe parvient en effet parfaitement à construire un univers cohérent, un vocabulaire et des images qui entretiennent avec force une ambiance et une vision du monde entre séduction et angoisse, séduction de l'angoisse. Pourtant, les tirages de l'exposition sont grands, très grands, trop grands ; il doit s'agir de scans de plans-films polaroids, puisque l'artiste en a laissé les traces, scannés, tirés, agrandis. Le tirage ne convient absolument pas aux photographies à la matérialité chargée et prépondérante, tirages plats, lisses, plastiques qui rompent l'enchantement irrésistiblement.

William Ropp
Dominique Issermann - Laeticia Casta
A l'étage supérieur, la meilleure blague, sans doute, de l'exposition : Dominique Issermann photographie Laeticia Casta ! Même en faisant abstraction de Laeticia Casta, ce qui est rendu encore plus difficile par les photographies, les images ne font que reproduire le langage fade et sans intérêt des photographies érotiques bon marché des magazines glauques entassés au fond des kiosques perdus.
Youssef Nabil - Charlotte Rampling

Youssef Nabil, encore au-dessus, est un photographe égyptien à la démarche ferme : portraits mis en scène photographiés en argentique noir et blanc coloriés ensuite à la main. Les 60 tirages proposés ici font notamment apparaître un grand nombre de stars de cinéma censées rappeler "l’atmosphère des filmes classiques égyptiens". La démarche n'est pas inintéressante, elle rappelle Pierre et Gilles, mais on se demande si M. Nabil a le même recul que ses prédécesseurs, la même distance ironique et critique face à un dispositif au demeurant extrêmement kitsch. Rien ne nous permet vraiment de le déterminer, c'est donc une distance entre moi et ce photographe que je vais mettre.
Cris Bierrenbach

Enfin, l'exposition dans l'exposition Éloge du vertige réunit de manière assez incroyable un grand nombre de photographies expérimentales brésiliennes, issues de la Collection Itaù. Il y a des choses magnifiques à voir là-bas, notamment trois Claudia Andujar, Geraldo da Barros qui intervient directement sur ses négatifs, Cris Bierrenbach...
Claudia Andujar
Claudia Andujar

Conférence de M. Caujolle au BAL sur les livres photographiques en Amérique du Sud

Le 8 février

M. Caujolle est depuis longtemps maintenant animé par la passion de la photographie et notamment du livre photographique. C'était donc un plaisir de l'entendre parler du livre sud-américain, dont il est un spécialiste, ce que j'ignorais.
En introduction de son propos, et comme pour essayer de rationaliser cet amour, il en conclue simplement, parlant de la photographie : "On comprend pas comment ça marche." On peut trouver l'idée banale, mais c'est la même que celle qu'écrivent de nombreux intellectuels, comme M. Maresca par exemple, quand ils parlent de l'impossibilité de penser la photographie dans sa totalité : " C'est précisément la permanence, en constant déplacement, de cette contradiction inhérente au médium qui fait son intérêt intellectuel et la difficulté de le penser dans sa totalité."(1)
Christian Caujolle - ENS Louis-Lumière




Le livre, affirme ensuite M. Caujolle, a une irréductible dimension objet dans la plupart des ouvrages présentés au BAL, comme la plupart des livres d'Amérique du Sud. C'est vrai, mais il serait étonnant qu'une telle proposition ne soulève pas chez nous quelque surprise, de formation plutôt littéraire. En effet, en littérature, le livre est justement l'antithèse de l'objet, il est l'objet qui présente parfaitement son contenu sans que sa forme n'en change rien. Lire Don Quichotte,  c'est toujours lire Don Quichotte, dans quelque livre que ce soit(2). Le livre photographique, venant ensuite, s'inspirait de cet incroyable capacité à transmettre le fond en abolissant la forme, mais échoua rapidement.
D'abord pour des raisons intrinsèques à la photographie : la reproduction de photographies dans un livre est une chose très difficile, et leur reproduction exacte est une chose impossible. L'édition de photographies est donc toujours affaire de choix, qui ne sont jamais les mêmes d'un éditeur à un autre : choix du papier, choix des encres, du type d'impression... Ensuite, la photographie n'a pas, comme la littérature, un ordre prédéterminé, elle ne se lite pas de haut en bas, de gauche à droite et ses éléments ne sont pas tous collés, l'agencement des photographies est tout à fait libre au sein d'un ouvrage, et aucun choix n'est neutre "Tout compte dans un livre, même le blanc"(3) ; de même pour le format de l'ouvrage, changeant radicalement la réception des photographies... Ces contraintes forcées sont renforcées aujourd'hui par une politique éditoriale orientée, volontairement ou non, vers une certaine organisation de la rareté : les livres photographiques sont toujours limités à de petits tirages (à l'exception notable de Taschen), à un prix assez élevé, et très rarement republiés (pour des raisons de coût de fabrication, mais aussi pour des logiques spéculatives).
Claudia Andujar - Yanomami shaman
Bref, quand Christian Caujolle dit que le livre sud-américain a une phénoménale dimension objet, c'est qu'il pousse à l'extrême toutes ses caractéristiques : mise en page parfaite et toujours originale, tirage extrêmement faible... Ce faible tirage provient de l'impossibilité de faire autrement, d'un sentiment d'urgence, de même que l'édition très artisanale dont ils font l'objet, rappelant la volonté de l'arte povera notamment dans ses extraordinaires libertés comme affranchies de tout précédent.

Claudia Andujar - Karaja
Une autre chose qui touche particulièrement le livre sud-américain, c'est l'engagement politique extrêmement fort dont nos livres photographiques semblent ici dénués ; les livres militants en Europe pour la plupart ayant été publiés après la seconde guerre mondiale à propos des Résistants, ou bien pendant mai 68. C'est, analyse M. Caujolle, sans doute lié aux situations politiques très fortes en Amérique du Sud qui demandent l'engagement le plus profond, mais aussi à une volonté de mettre en forme graphiquement en mêlant les mots et les images ce qui a trait à l'actualité.
A ce propos, la relation au texte est très complexe pour ces photographes vivant sur une terre de littérature extrêmement fertile. Tandis qu'en France, cette relation se limite aux préfaces (célèbres dans Paris la nuit, Banlieue de Paris...) ou au "système à la Prévert", comme dans Paris des poètes. Cette intrication, en Amérique du Sud, a pour obsédante volonté de construire du sens, y compris dans les choix graphiques : tous les éléments constitutifs d'un ouvrage sont intégrés et n'existent plus individuellement. Amazonias, de Claudia Andujar, est par exemple extrêmement bien structuré, dans la séquence des images, dans son rythme et sa scansion, de même que An autobiography d'Avedon a été construit comme une symphonie.

Claudia Andujar (4)
Et, si tout cela repose le problème de la sacralisation de la photographie jusque dans le bastion du livre, concluons avec M. Caujolle que certains livres sont plus intéressants que l'exposition qui les accompagnent.
A lui, encore, le mot de la fin, rendant hommages à ces ouvrages : "des livres qui crient, qui parlent haut".



(1) S. Maresca, La recherche photographique n°14, "Photographiez-vous les uns les autres", p.85
(2) Bien sûr, il y a les collectionneurs, les contenus qui changent selon les éditions et, bien sûr, la mise en page de chaque édition, jamais innocente, mais bien loin de la dimension-objet dont nous parlons à présent, car in fine, le texte n'est jamais que le texte : une parole écrite, l'idéal d'une idée pure purement reçue.
(3) Les recherches poétiques du vingtième siècle ont bien entendu aussi exploré cette voie (les Calligrammes d'Apollinaire en sont sûrement le meilleur exemple), mais de façon plus anecdotique, et surtout en référence à une neutralité qui n'existe pas en photographie.
(4) Ces photos ont été effectuées par Claudia Andujar lors d'une de ses expéditions quand elles se rendit compte que les indiens commençaient à contracter les maladies occidentales. Avec des médecins, la mort dans l'âme, elle entreprit donc de les vacciner, et de les prendre en photo une fois que ce fut chose faite pour ne pas répéter l'opération. M. Caujolle remarque à propos de cette série : "Ces photos sont les seules photos d'identifications que je puisse citer où cette identification n'a pour objet que le sauvetage désespéré d'une population."

samedi 11 février 2012

Note

Lors de la présentation d'un projet scolaire, à propos de la photographie automobile, l'intervenant soulignait les changements induits par l'apparition de la 3D dans le métier. Mais, si pendant quelques années la 3D a fait perdre aux photographes une grande part de leurs contrats, les entreprises se sont, petit à petit, retournées vers eux pour donner un air plus réel, plus photographique aux fichiers 3D.


Au-delà du paradoxe qui veut que, avant la 3D, on demandait aux photographes de faire les images les plus propres et que, aujourd'hui, on leur demande de "salir" en quelque sorte les images numériques pour leur donner la patine du réel, il faut analyser ce phénomène sous un angle économique. Là-dessus, sans aucun doute, ce sont les entreprises qui ont gagné au change, payant les concepteurs 3D et les photographes à la journée sans jamais devoir verser de droit d'auteur.

Paul Strand et Henri Cartier-Bresson à la Fondation HCB


Paul Strand





Le 1er février.

Alors que j'étais venu là pour une conférence qui ne devait pas avoir lieu à cause de la neige, je suis allé voir cette toute nouvelle exposition sur le Mexique, avec tous les mauvais a priori que je peux avoir vis à vis de Strand ou Cartier-Bresson.

Paul Strand
A ma grande surprise, si Cartier-Bresson reste très Cartier-Bresson, je me suis pris à apprécier Paul Strand et ses vieux clichés, ses tirages très beaux, très fins, très délicats. Peut-être le Français rend-il mieux l'ambiance du Mexique - c'est, du moins, ce que je me suis entendu dire -, Strand expose ici des images extrêmement statiques, monumentales malgré leur - relatif - petite taille de tirage. Ses meilleures images sont en effet ici les images d'attente, d'hésitation.

Paul Strand
Les petits tirages, comme nous l'avons évoqué, représentent ici pour moi ce que j'appellerai "une éthique photographique", l'éthique du tirage simple, travaillé, propre. Une sorte d'éthique artisanale où prend place un véritable jeu des formes et des lumières qui donne à Strand une stature presque picturale.
Paul Strand

Cartier-Bresson, lui, hormis une photographie magnifique dont je n'avais jamais vu un véritable tirage qui rappelle d'Agata, reste beaucoup plus expressif, dans un style très marqué aujourd'hui de photojournalisme humaniste.

Henri Cartier-Bresson
J'aurais acheté le livre, édité chez Steidl, s'ils n'avaient pas nettoyé tous les vieux tirages de Strand de la patine du temps, de leurs défauts et leurs colorations. Les pages imprimées donnaient alors l'effet de représenter des images trop lisses, trop propres ; autant les voir sur internet.

jeudi 9 février 2012

AIF


Projet pour le module Animer l'Image Fixe.