dimanche 8 avril 2012

Witkin et Newton à Paris 2

Helmut Newton - Crocodile, ballet de Pina Bausch
C'est par cet encanaillement facile de la bourgeoisie parisienne que je prendrai sans détour l'exposition de Newton. La question qui se posait à l'orée de cette exposition était encore la question du statut artistique de la photographie de mode. Désir souvent répété de nos jours, statut souvent revendiqué, l'exposition s'ouvre pourtant sur un refus catégorique de Newton à cet égard : de mémoire, "La photographie de certains est un art. La mienne non. S'il arrivait que mes images soient exposées dans un musée ou une galerie, c'est bien. Mais ce n'est pas pour ça que je les fais."

Helmut Newton - Grand nu
Voilà donc qui est intéressant, et l'on ne peut que donner raison à Newton outre-tombe : les images exposées au Grand Palais ne sont pas faites pour être accrochées au mur. Ainsi, par exemple, les très grands agrandissements de ses photographies révèlent parfois des masquages très approximatifs et maladroits sans doute imperceptibles sur la page mais ici réellement gênants. Des lacunes muséographiques semblent accentuer encore cela : l'absence totale de date ou de nombre de tirage des photographies exposées et la seule mention "Tirage jet d'encre" laissent à penser la plupart du temps que les tirages ont été réalisés spécialement pour l'exposition. Nombreuses sont d'ailleurs les photographies dont le tirage gâche l'image, à cause d'une présence mal adaptée du grain (certainement dû à des agrandissements excessifs), à cause d'une atténuation de ce grain par un flou uniforme ou enfin par des cassures dans les gammes de tonalité Pourtant, le fait que certains tirages jet d'encres soient assez réussis et que des tirages argentiques (dont on se demande d'où ils viennent) soient ratés tend à poser la question de la provenance et de l'unité du fond, pour laquelle je n'ai aucune réponse.

Helmut Newton - Lisa Lyon
J'ai dit que les photographies de Newton étaient kitsch, et je le maintiens en partie. Les photographies de mode des années 60 et 70 ont très mal vieilli et, croyant transgresser, ne font que conforter aujourd'hui une esthétique bourgeoise établie. La lourdeur et la dramatisation du noir et blanc vont encore dans le sens d'une photographie de spectacle, une photographie lisible et domesticable. Enfin, les quelques références au pornographique ou aux "déviances" sexuelles couronnent tout cela : références au sado-masochisme, à l'exhibitionnisme, aux poupées gonflables, à la sodomie qui restent malgré tout très propres, très lisses, très aseptisées. Deux exceptions à cela : Oui et Siegfried, représentant dans une scène mythologique violente un amour zoophile. A propos de zoophilie, on trouve avec étonnement une photographie qui a sans doute inspiré la scène d'ouverture de L'exercice de l'état : une femme nue à moitié engloutie par un alligator !
Mais reconnaissons quand même à Helmut Newton des qualités, il ne s'agit pas de dire ici que c'est le plus mauvais photographe de sa génération ! D'abord, ses portraits, à la différence de ses photographies de mode, sont pour la plupart très réussis. Son attitude et sa recherche autour du nu sont très intéressantes : l'idée d'habiller la nudité, de réaliser quantité de nus qui ne soient ni érotiques ni pornographiques...
Helmut Newton - Jean-Marie Le Pen

2 commentaires:

  1. J'ai trouvé que le plus intéressant dans cette exposition c'est le film documentaire "Helmut by June" qui montre le perfectionnisme du photographe dans les séances de pose avec les mannequins, les modèles et l'éclairagiste.
    Dommage que la cahute où a lieu la projection soit trop petite et complètement inconfortable.

    RépondreSupprimer
  2. D'accord.
    La vidéo est encore un des problèmes majeurs des expositions contemporaines. Ils ne savent pas la présenter, c'est insupportable.

    RépondreSupprimer